[Heisei#91] Mer d’Okhotsk, banquise dérivante et faune vulnérable

Okhotsk

Le Japon est encore une fois un pays de contrastes, et pas seulement entre modernité et tradition… En terme de variété de paysages, de climats et de nature sauvage, l’archipel enchante, depuis les îles du sud jusqu’au nord, loin au nord. Sur la côte nord-est de l’île d’Hokkaido, au climat subarctique, se trouve la banquise à la dérive, ou banquise dérivante – les drift ice en anglais et ryuhyo en japonais. Plutôt facile d’accès en brise-glace depuis Abashiri ou Mombetsu, le paysage permet d’appréhender une autre nature, celle de la mer d’Okhotsk. À la vue, l’une des 100 de l’ère Heisei, s’ajoute l’observation des pygargues de Steller, l’un des plus grands rapaces au monde et une espèce menacée…

Avec ses 2200 kilomètres de long et ses six climats différents, le Japon a la possibilité d’offrir autant de paysages variés en températures et couleurs. Du nord-est au sud-ouest, d’Hokkaido à la plus éloignée des îles des archipels d’Okinawa, le paysage passe du nordique au plus tropicale, en passant par tout ce qu’il peut y avoir d’intermédiaire.

Après avoir visité Okinawa et certaines de ses îles excentrées comme Iriomote et Taketomi, et ayant déjà découvert le Hokkaido printanier des collines multicolores de Biei, nous étions impatients de découvrir le Hokkaido hivernal, celui complètement immaculé et glacial, avec l’un des paysages de la liste les plus incertains pour nous, la banquise à la dérive de la mer d’Okhotsk.

Okhotsk

Okhotsk
Quand la mer gèle en surface, sur une faible épaisseur. Au loin, c’est Shiretoko.

Okhotsk

L’origine de ces étendues glacées à la dérive se trouve dans le célèbre fleuve Amour, celui qui sert notamment de frontière naturelle entre la Chine et la Russie. Le neuvième plus long fleuve du monde, en venant s’écoulant dans le détroit de Tatarie, situé en face de l’île Sakhaline, déverse ainsi ses blocs de banquise qui vont progressivement se répandre dans la mer d’Okhotsk et arriver aux larges des côtes d’Abashiri dès la fin janvier.

Si la saison de la banquise à la dérive courre de fin janvier à début avril, le meilleur moment pour les découvrir est plutôt autour de mi-février.

Pour nous, ce moment a aussi été l »occasion d’assister au Abashiri Okhotsk drift ice festival, qui se déroule chaque année à peu près à cette période – il avait lieu du 10 au 12 février en 2018. Évidemment plus petit que celui, désormais bien connu, de Sapporo, le festival d’Abashiri est l’occasion de passer un bon moment entre contemplation givrée des sculptures de glace, de jour ou bien de nuit avec  éclairages, et démonstrations de danse yosakoi et de danses plus contemporaines ; pour finir ensuite la promenade en dégustant, à l’abri du vent glacé, dango et bol d’udon pour se réchauffer.

Okhotsk drift ice festival - Abashiri
Bienvenue au Okhotsk drift ice festival !

Okhotsk drift ice festival - Abashiri

Okhotsk drift ice festival - Abashiri

Okhotsk drift ice festival - Abashiri
L’ours, omniprésent à Hokkaido !

Okhotsk drift ice festival - Abashiri

Okhotsk drift ice festival - Abashiri
Démonstration de sculpture sur glace.

Okhotsk drift ice festival - Abashiri

Okhotsk drift ice festival - Abashiri
Danse yosakoi par -8° avec un vent glacé…
Okhotsk drift ice festival - Abashiri
Ou du plus contemporain avec une chorégraphie inspirée des airs pop de l’ère Showa !

Okhotsk drift ice festival - Abashiri

Du côté de la banquise, si elle peut être observée depuis le point le plus au nord de Hokkaido – Wakkanai – jusqu’à la péninsule de Shiretoko, à l’est, le plus approprié reste la croisière d’une heure à bord du brise-glace Aurora. C’est là que les drift ice sont les plus épais – et le tour d’une heure permet de les voir de près – sans se mouiller !

Okhotsk - Aurora

Okhotsk Okhotsk
Okhotsk
Curry bleu inspiré de la banquise, dans le restaurant du terminal des ferrys.
Okhotsk
Fine couche de glace en surface, qui lisse totalement la mer ! Au loin, la bande blanche, c’est la banquise dérivante.

Okhotsk

Avec approximativement six départs dans la journée (3300 yen le tour), la sortie est plutôt flexible. Penser tout de même à réserver en avance les week-ends, car l’activité est populaire (ce qui se fait en ligne sur le site officiel, avec un anglais traduit par Google).

Au cours du voyage, le mieux est de rester dehors si l’on ne veut pas rater les fameux pygargues de Steller – Steller’s sea eagles en anglais ou オオワシ (à prononcer oowashi), une espèce de rapace vulnérable. Ils partagent, parfois à plusieurs et en compagnie du White-tailed eagle, le pygargue à queue blanche, de petits morceaux de banquise. Ce que l’on peut tout à fait voir comme un symbole des effets du changement climatique : la taille et la quantité des drift ice se réduisant chaque année.

Okhotsk

Abashiri - Okhotsk

Okhotsk
Okhotsk

Okhotsk Okhotsk

Okhotsk

Okhotsk
Le pygargue de Steller ou pygargue empereur.
Okhotsk
Le pygargue à queue blanche.
Okhotsk
Et cette fois deux pygargues de Steller et un à queue blanche !

Okhotsk

Okhotsk

Okhotsk

Quittant leur territoire de nidification de l’est russe pour les terres hivernales un peu plus clémentes d’Hokkaido, les pygargues de Steller sont difficiles à rater avec leurs becs jaunes massifs et leurs pattes de la même couleur, contrastant avec un plumage noir et blanc. Mais dans le paysage immaculé du nord-est d’Hokkaido, les grands rapaces ne sont pas les seuls représentants de la faune locale. Les plus chanceux apercevront peut-être phoque et renard, sans parler des nombreux canards, mouettes et cygnes qui s’accommodent du temps glacial.

Mais l’animal emblème de la ville, le clione (clione limacina ou ange de mer), ne s’observe malheureusement pas en pleine nature. Si le tout petit mollusque à la peau transparente qui révèle ses organes orange vif vit bien dans les eaux froides d’Okhotsk, pour cette espèce, ils s’observent plutôt dans les bassins du musée dédié à la banquise et à sa faune, le Okhotsk Ryu-Hyo, en ce qui concerne Abashiri.

De notre côté, nous avions découvert le mollusque, duquel s’inspire Nipone – にぽね – la mascotte d’Abashiri, à Sapporo en juin 2016.

Sea angels - Sapporo

Sea angels - Sapporo

Sea angels - Sapporo
Avec ses 3 cm de longueur, le clione s’observe quasiment le nez contre la vitre de l’aquarium.
Okhotsk drift ice festival - Abashiri
Nipone, la mascotte de la ville inspirée du clione, était présente au Okhotsk drift ice festival.

Puis la visite d’Abashiri ne saurait être totalement complète sans un passage au Abashiri Prison Museum et au Hokkaido Museum of Northern peoples. Concernant le premier, un article y sera bientôt consacré dans la partie hors-circuit de Nippon100.

Le deuxième, situé un peu en dehors de la ville et à proximité de celui sur la prison, présente les différents peuples vivant dans les régions les plus nordiques et subarctiques de la planète, dont les Aïnous d’Hokkaido. À grand renforts d’expositions de vêtements et objets traditionnels.

L’occasion d’en apprendre plus sur la vie et les habitudes de ces peuples et aussi d’essayer de supers lunettes de soleil inuit, en bois !

The Hokkaido Museum of Northern Peoples - Abashiri
Du côté du Museum of Northern peoples, à Abashiri.
The Hokkaido Museum of Northern Peoples - Abashiri
Une collection imperméable, en intestins de phoques !
The Hokkaido Museum of Northern Peoples - Abashiri
Les coutumes vestimentaires de différents peuples du nord.
The Hokkaido Museum of Northern Peoples - Abashiri
Rien de mieux pour les journées ensoleillées sur la banquise !
Okhotsk
Et un dernier pygargue à queue blanche !

 

Comment s’y rendre ?

Bien desservie en avions, grâce à la proximité de l’aéroport de Memanbetsu, situé à 30 minutes de bus (910 yen l’aller), Abashiri est donc accessible en seulement 50 minutes de l’aéroport de Chitose, à côté de Sapporo, ou encore en 1h50 de celui d’Haneda Tokyo (entre 14000 et 47000 yen l’aller). Des vols partent aussi de Nagoya et d’Osaka.

Abashiri
La gare d’Abashiri sous la neige.

En train, le trajet est en revanche bien plus long, avec un trajet d’environ 5h par la ligne JR Sekihoku en venant de Sapporo. Il est aussi possible d’arriver à Abashiri depuis l’est – la banquise se découvrant aussi depuis les wagons des trains de la ligne Senmo, qui suit la côte de la mer d’Okhotsk depuis Shari. Avant cela, la ligne part de Kushiro.

Okhotsk
La côte depuis le train, mais il faisait gris !

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