Taketomi - Okinawa

À l’extrême sud-ouest des archipels d’Okinawa, le Japon tropical, se trouve l’île de Taketomi, confetti de sable coincée entre ses plus grandes voisines Ishigaki et Iriomote. Au delà des images d’Épinal souvent rattachées au lieu, très prisé des Japonais en vacances, la petite île de 6 km² est aussi chargée en histoire. Pour présenter cette vue issue des 100 paysages de l’ère Heisei, nous avons choisi un angle plus festif, celui du Tanadui Matsuri.

Les ruelles pittoresques habituellement très animées de l’île de Taketomi sont désertes en cette matinée de novembre. Commerçants et office de tourisme ont laissé leurs rideaux fermés. Le cœur villageois aux maisons traditionnelles encadrées des murs de pierre de corail semble complètement endormi. Même les buffles d’eau des promenades en carrioles sont au repos. L’occasion d’observer les bêtes au repos dans un décor de palmiers et d’hibiscus.

Après quelques ruelles parcourues, sur ce sable blanc qui ralentit le vélo, des silhouettes se détachent et les échos de percussions lointaines se font entendre. Toutes se dirigent vers l’effervescence d’un jour de fête. Sur l’esplanade du sanctuaire Yomochi utaki, plusieurs centaines de personnes sont déjà présentes. D’un côté des groupes de danseurs et danseuses aux costumes colorés attendent ici et là, bavardent, ou s’apprêtent à entrer sur la scène en plein air.

De l’autre, le public divisé en deux colonnes qui se font face, a déjà préparé les appareils photo. Les premières rangées sont assises sur l’herbe. La scène est surprenante pour le visiteur non informé qui pensait ne rencontrer que touristes en shorts, plages et massifs de fleurs. Il se trouve en face du festival le plus important de l’année sur l’île, le Tanadui Matsuri.

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Festivités anciennes sur Taketomi

Sur ce bout de terre reculé où les insulaires mènent encore une vie plus simple (aucun combini sur l’île !) et en partie dédiée aux traditions ancestrales, les festivités anciennes perdurent. C’est le cas de Tanadui (種子取祭), le plus important de l’île, qui réunit chaque automne, selon le calendrier lunaire, ses 350 habitants et les natifs partis vivre ailleurs. Mais pas que.

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Dix jours sont consacrés au festival Tanadui, aussi appelé Tanedori, du nom du rituel des semis de riz et millet. Aujourd’hui les habitants font principalement pousser des patates douces et de la canne à sucre. Entre les différents temps de prières pour la fertilité et la prospérité de l’île, les 80 performances de danses, chants et théâtres se déroulent durant les deux jours les plus augustes, Kanoetora et Kanotou.

Le festival s’ouvre avec une démonstration de combat au bâton, entre cris martiaux et costumes vifs. Les deux hommes cèdent leur place à Umanesha, la danse qui célèbre l’acte de monter à cheval. Les danseurs tout de blanc et violet vêtus sont sous les flashs des appareils photo tandis que le soleil tropical de novembre joue à cache-cache avec les nuages.

Les performances sont réalisées par tous les habitants – les véritables stars de la journée – de tous les âges, femmes, hommes, enfants et même les professeurs d’école. Un groupe de femmes d’âge mûr s’avance devant le public au rythme du chant. Vêtues de kimonos à carreaux, elles exécutent la danse des semis. Viendra ensuite un groupe de jeunes femmes pour célébrer le temps de la récolte dans des costumes de teinte beige et blancs.

La matinée se poursuit avec des pièces de théâtre. A l’ombre d’un grand chapiteau, le public s’installe pour assister à des pièces comme les kyogen ou les plus comiques Kajiko et Yuhiki. Puis le festival se poursuit notamment avec des processions. Miruku-okoshi est celle conduite par les anciens et les représentants locaux, qui prient pour le bonheur et la santé du village.

Taketomi

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600 ans d’histoire à Taketomi

Les racines du festival Tanadui se perdent sous les eaux transparentes qui entourent la petite île du Pacifique. Selon le centre d’information local, le Taketomi Yugafu-kan, il serait impossible de dater précisément l’origine du festival. Certaines hypothèses penchent pour une création « aux alentours du XIIe siècle », en même temps que l’arrivée de l’agriculture dans l’île. En 1977, le festival était officiellement intégré par le gouvernement japonais dans sa liste des plus « importantes propriétés culturelles et intangibles ».

Toujours est-il que l’île de Taketomi partage avec le reste des îles Ryukyu une histoire commune entre le XVe siècle et XIXe siècle, celle du Royaume indépendant de Ryukyu, très proche de la Chine qui lui a donné ces traditions ancestrales si particulières et différentes du reste du Japon. L’histoire de ce royaume s’achève en 1879 par la volonté du gouvernement Meiji. Il donna naissance à l’actuelle préfecture d’Okinawa.

Certaines danses que l’on retrouve au festival Tanadui trouvent racines dans ces traditions de festivités organisées à l’époque pour divertir les hauts dignitaires chinois. Du fait de cette histoire commune, d’autres festivals similaires consacrés à la fertilité se tiennent également dans les autres îles de Yaeyama comme Ishigaki.

L’île de Taketomi, paradis tropical préservé

L’île de Taketomi est surtout connue des vacanciers pour ses magnifiques plages de sable blanc et car elle abrite des maisons pittoresques. Au plus fort de la saison touristique les chemins sableux sont largement occupés par les carrioles tirées par des buffles d’eau permettent de se promener aux quatre coins de l’île. Buffles qui, venus de Taïwan, ont aidé à la culture du riz et ont aussi beaucoup servi de moyens de locomotion avant de devenir l’attraction principale de l’île.

Taketomi - Okinawa

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Taketomi est l’une des deux seules (avec l’île de Tonaki située dans l’archipel de Kerama proche d’Okinawa) a avoir conservé l’habitat traditionnel des îles Ryukyu. Les deux îles ont été intégrées par le gouvernement japonais dans la liste officielle des « Ères de sauvegarde du patrimoine bâti ». Du côté de Taketomi, cette préservation se traduit par des règles d’urbanisme précises, votées par les habitants à la fin des années 80, et qui imposent le respect du style traditionnel pour les nouvelles constructions.

En début d’après-midi, quelques visiteurs se sont échappés de l’effervescence du festival pour aller faire une pause à la plage. Les deux principales sont Kondoi et Kaiji. La promenade en vélo jusqu’à la première est un festival de couleurs qui commence dans le centre avec les toits de brique rouge et les massifs de fleurs, du bougainvillier aux hibiscus rouge vif. Du haut de leurs toits ou des murets en coraux, les Shiisaa, figurines mi-lion mi-chien, parfois très colorées, grimacent en direction des passants. Inspirées de traditions chinoises et omniprésentes dans les îles Ryukyu, les figurines vont souvent par paire, et apportent protection au foyer en éloignant les esprits malins.

Taketomi - Okinawa

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Ignorants superbement la ferveur du festival Tanadui, les chats de la plage Kondoi se prélassent tranquillement à l’ombre des palmiers. Sauvages mais nourris par des locaux et les visiteurs de passage, ils sont blottis au milieu de la jungle des bords de la plage (et surtout du côté de l’aire de pique-nique !).

Taketomi, comme sa sauvage voisine Iriomote, abrite une curiosité scientifique unique : le sable étoilé, qui n’est autre que l’exosquelette érodé de certains foraminifères (les baculogypsina sphaerulata), organismes protozoaires unicellulaires, que les visiteurs qui ont quitté le festival s’amusent à rechercher le nez dans le sable.

 

Comment s’y rendre ?

Quinze minutes en bateau depuis l’île d’Ishigaki, elle-même au sud de l’île principale d’Okinawa (aller simple à ¥580). Vols réguliers entre Ishigaki et Naha (Okinawa), Osaka et Tokyo avec la Japan Airlines. Ou en low-cost entre Osaka et Ishigaki avec Peach.

 

Pour en savoir plus

La plupart des informations sur le festival Tanadui sont en anglais et japonais sur le site de la ville de Taketomi, ou bien sur le site du centre d’informations sur la nature et les spécificités culturelles de l’île, ou encore sur le quotidien local d’Okinawa, le Ryukyu Shimpo.

Les informations en français sont plutôt rares. Quelques voyagistes et blogueurs évoquent néanmoins les beautés de l’île comme le bordelais Jordy Meow.

Pour revivre quelques moments du festival édition 2015, c’est par ici ou par là. Plus ancienne, cette vidéo de répétitions par des villageois en 1979.

Un reportage réalisé par la JP TIME TV  permet de faire un tour en vidéo dans les charmantes ruelles de Taketomi.

Pour aller plus loin :

« Tanedori of Taketomi Island: Intergenerational Transmission of Intangible Heritage » by Goya Junko, Research Fellow of the Japan Society for the Promotion of Science, Nagoya University.

« Contribution of Community Culture for Regional Development – Through Cases of Isolated Group Islands in Yaeyama, Japan » by Peiqian Liu, Makoto Hirano and Feng Liu, Entrepreneur Engineering Graduate School, Kochi University of Technology.

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