[Heisei#99] D’Ishigaki à Zamami, à la recherche du corail japonais menacé

Zamami - Kerama islands - corail japonais

Avec sa géographie très étirée, sur 3000 km, et ses milliers d’îles, le Japon possède un large échantillon de coraux dont la majeure partie se trouve à son extrémité sud-ouest, dans la partie tropicale bien connue des îles Ryukyu. Mais pas seulement : des populations plus restreintes sont dispersées jusqu’à Niigata et dans le Kanto, du côté des îles Sado et de la péninsule de Boso. Pour introduire ce paysage vivant et extrêmement dispersé de la liste des 100 lieux, nous nous sommes penchés sur ce qui n’est en fait qu’un échantillon réduit du corail national, découvert sur les îles d’Ishigaki et de Zamami. Le corail japonais est une richesse insoupçonnée de l’archipel, mais particulièrement menacée.

Le seul paysage de la liste qui est en fait un organisme vivant – le plus vieux du monde – est l’un des deux seuls attribués à la préfecture d’Okinawa, avec l’île de Taketomi que nous décrivions il y un an au tout début du projet. Pour parler de corail japonais, nous avons suivi les recommandations de la liste et nous nous sommes donc concentrés sur plusieurs populations tropicales des îles Ryukyu, les plus importantes du pays.

Ishigaki - Okinawa
La baie de Kabira, sur l’île d’Ishigaki.

Le corail japonais à Ishigaki

Dès 2015, bien avant le projet Nippon100 nous découvrions l’extrême ouest tropical du Japon, dans le cadre de notre volontariat sur une ferme laitière de l’île principale. Séduits par ce coin de paradis japonais que l’on ne soupçonnait absolument pas, nous songions à y revenir. La liste des 100 paysages nous a permis de réaliser ce vœu.

Wwoofing à Okinawa au Japon - crédit photo : Nippon100
Wwoofing dans une ferme laitière à Naha, sur l’île principale d’Okinawa, en novembre 2015 !

Étalés sur des latitudes couvrant plus de 1000 km, les récifs coralliens japonais sont difficiles à présenter de manière exhaustive. Le plus important du pays se trouve dans le lagon Sekiseishoko, en pleine mer de Chine orientale, entre les îles d’Iriomote et d’Ishigaki – aussi appelées les îles Yaeyama – au sein de l’archipel des Ryukyu administré par la préfecture d’Okinawa.

Au milieu de ces eaux bleu clair et peu profondes se trouvent d’autres îles de cet ensemble des Yaeyama, comme Taketomi, sur laquelle nous nous sommes trouvés par hasard un jour de festival en novembre 2015. Apparu il y a 400 000 ans dans la surface qui représente actuellement les îles Ryukyu, le corail japonais est à la base de fondations de calcaire qui permettront avec la descente des eaux de constituer les îles. Et celle de Taketomi, comme les autres du lagon, a été formée justement sur cet affleurement du récif corallien. Le corail est donc un élément majeur de la culture des îles Ryukyu, que l’on retrouve dans une foule de détails quotidiens de ces territoires les plus méridionaux du Japon.

Taketomi - Okinawa
Les murets emblématiques de l’île de Taketomi, entre pierre volcanique et corail.

Mais ce grand récif japonais est – comme la plupart des coraux du monde – victime du changement climatique ; depuis les années 1980, les scientifiques ont constaté que les coraux étaient de plus en plus atteint par le blanchissement. Lié à la montée de la température de l’eau, ce phénomène fragilise les organismes vivants et finit par les tuer. Ainsi, dans le récif de Sekiseishoko, qui contenait auparavant près de 360 espèces de coraux, les analyses scientifiques menées après la canicule de l’été 2016 ont révélé que seulement un 1% de l’ensemble était encore en bonne santé.

Le corail bleu en glass bottom boat

Le corail japonais des eaux tropicales évoluant souvent en eaux peu profondes, il est donc assez aisé de partir l’observer, par exemple à bord de bateaux à fond de verre. Depuis Ishigaki, et la baie de Kabira, il est possible d’observer le corail de cette manière, et notamment le aosango, le corail bleu réputé localement (Heliopora coerula), à bord des bateaux stationnés dans la baie. Un trajet de trente minutes pour 1030 yens par personne.

Ishigaki - Okinawa

Ishigaki - Okinawa
A bord du bateau à fond de verre pour découvrir le corail japonais de la baie de Kabira.
Corail bleu d'Ishigaki - Okinawa - crédit photo : Nippon100
Le corail bleu, aosango en japonais, à travers les vitres usées du bateau.
Ishigaki - Okinawa
Fin d’après-midi haute en couleurs sur la baie de Kabira, à Ishigaki.
Ishigaki - Okinawa
Les plages d’Okinawa – comme ici à Ishigaki – sont souvent couvertes de restes de coraux.
Un chat de l'Ishigaki - Okinawa
De nombreux chats vivent aux abords des plages d’Ishigaki.

Le corail japonais à Zamami

Toujours dans l’archipel des Ryukyu, se trouvent les îles Kerama, récemment entrées dans la liste des parcs nationaux du Japon, aujourd’hui au nombre de 36. Le parc Keramashoto, est le 31ème parc national depuis le 5 mars 2014 – un jour rebaptisé localement celui du corail, « Coral Day ». Dans les eaux des Kerama, à 400 km au nord-est d’Ishigaki mais toujours aussi bleutées, la biodiversité est très riche avec 2090 espèces d’invertébrés incluant les récifs de coraux et notamment des coraux bâtisseurs de récifs. Dans la zone, 62% des espèces recensées sur le territoire japonais sont présentes.

Impossible pour nous de voir une baie bleue sous le soleil ! Ishigaki en novembre 2015 était déjà nuageuse – les Kerama en février 2017, pourtant l’une des meilleures saisons, se sont révélées tout aussi capricieuses.

Zamami - Kerama islands

Zamami - Kerama islands

En snorkeling à Ama Beach

Dans ces îles Kerama, l’une des plus connues est Zamami, un des très bons spots où observer le corail japonais. Pas de navire à fond de verre usé cette fois, nous y sommes allés en snorkeling – une pratique douce recommandée par l’office du tourisme local, à condition de bien s’appliquer à ne pas endommager le corail en s’y appuyant. C’est dans cette île que nous avons fait toutes nos observations sous-marines, armés de masques, tubas et de caissons étanches pour les appareils photo. La plupart des nombreuses guesthouses de la petite île louent palmes, masques et tubas pour environ 1000-2000 yens, par personne, jour ou séjour, selon l’établissement.

Zamami - Kerama islands
Mise à l’eau à Ama beach.

Zamami - Kerama islands

Zamami - Kerama islands

Zamami - Kerama islands

Zamami - Kerama islands

Zamami - Kerama islands

Zamami - Kerama islands
Un corail qui semble déjà bien atteint par le blanchissement.

Zamami - Kerama islands

Zamami - Kerama islands

Zamami - Kerama islands

Zamami - Kerama islands
Un rapide rayon de soleil.

Zamami - Kerama islands

Ama Beach, la plage où nous avons fait le plus de snorkeling, est à une trentaine de minutes de marche du port de Zamami. Elle est aussi très connue pour ses populations de tortues marines, qui viennent s’y nourrir quasi quotidiennement et ne sont pas réputées farouches – attention toutefois à ne pas essayer de les toucher ou de les attraper. Mais nos trois jours de tropiques étaient très venteux, engendrant un courant trop fort pour les tortues qui ont donc fait les timides !

D’autres sites où observer le corail japonais

D’autres populations et espèces de corail existent bien plus au nord de l’archipel japonais. On en trouve dès la péninsule de Boso dans la préfecture de Chiba, donc tout près de Tokyo. Et une population de corail – la plus au nord du monde – a été découverte il y a quelques années au large de l’île Tsushima dans le détroit de Corée, à 34 degrés de latitude nord.

Le corail japonais se rencontre également au large de la péninsule du Kii, dans la préfecture de Wakayama, au niveau du Shikoku, autour de la péninsule d’Izu à Shizuoka, ou encore sur le littoral du Kyushu.

 

Comment s’y rendre ?

Pour Ishigaki : quelques vols directs entre Tokyo Haneda et le New Ishigaki Airport sur l’île d’Ishigaki sont opérés par ANA et JTA (Japan Transocean Air). Sinon la façon la plus économique est de changer d’avion à Naha, voire de compagnie, sur l’île principale d’Okinawa et d’utiliser la compagnie low cost Peach. Une fois sur l’île, la meilleure manière de se déplacer au quotidien, et la plus agréable, est définitivement le vélo. Beaucoup d’auberges en louent à la journée ; ce qui permet de profiter de la vie tranquille du Japon tropical. Louer une voiture pendant une journée vous permettra de terminer l’exploration de la principale îles des Yaeyama.

Pour Zamami : pour les îles Kerama, situées relativement près de l’île principale d’Okinawa, le changement est obligatoire à Naha, la capitale de cette dernière, pour attraper le ferry. Le reste du trajet jusqu’à Zamami se fait en bateau, avec le high speed boat Queen Zamami en une heure (aller simple 3140 yens, aller retour 5970 yens) ; ou bien avec le ferry Zamami en deux heures (aller simple 2120 yens, aller retour 4030 yens).

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