La Vallée de l’enfer, un paradis pour les singes des onsens

macaque japonais

En 1970, le monde découvrait une image inédite en couverture du magazine Life : un macaque japonais qui profitait d’une source chaude. Aujourd’hui, si cette vue est bien connue, il n’est pas toujours aisé de la situer. En fait, les baigneurs se trouvent au Jigokudani Yaen-Koen (littéralement « la vallée de l’enfer » !), plus connu comme le Snow monkey park, au nord de Nagano à moins de 4h de Tokyo. Les singes du parc viennent se réchauffer dans un onsen aménagé pour eux : un comportement unique au monde.

Qui a dit que les plaisirs du bain étaient réservés aux humains ? Au nord de Nagano, à Yamanouchi, un groupe de macaques sauvages a pris l’habitude de venir se baigner dans un onsen à ciel ouvert, spécialement aménagé pour eux. Au cœur du parc national de Joshinetsu, le Snow monkey park attire chaque année une centaine de singes, descendant de la montagne à la recherche de nourriture et de chaleur, principalement durant les rudes mois d’hiver.

Au Snow monkey park, pas de grillages : tout juste une ou deux barrières pour empêcher les humains de s’aventurer trop haut sur le territoire des singes. Au bout du chemin qui mène au parc, après avoir acheté le billet d’entrée, la vue se dégage sur la petite vallée de la rivière Yokoyukawa. Sur l’autre rive, quelques singes sont déjà entrain de profiter de la nourriture régulièrement distribuée par le personnel du parc. En quantité limitée pour ne pas nuire à l’environnement du Jigokudani Yaen-Koen, elle se compose de pommes, de graines de soja et d’avoine.

Des stars malgré eux

Quelques mètres plus loin, un escalier puis un pont mènent au fameux onsen. Derrière une armée de visiteurs-photographes – le festival de Cannes mais sans le tapis rouge – deux ou trois macaques prennent leur bain, yeux mi-clos ou regard fixe, ignorant superbement l’engouement qui leur est voué. Parfois une femelle et son petit se posent au milieu des humains pour une pause allaitement, ce qui crée une vague d’attendrissement et de photographies empressées au prix, parfois, de se voir menacé d’un coup de patte agacé.

Snow monkey park

NNNNNN

 

Comme le rappellent les consignes du parc, malgré la bonne tempérance des macaques habitués aux visiteurs quotidiens, mieux vaut prendre ses distances lors des prises de vue. Et bien sûr éviter le selfie trop rapproché.

Chassés avant d’être photographiés

Mais la présence des macaques était loin d’être valorisée soixante ans auparavant. Ces années-là, le développement des premières stations de sport d’hiver réduit le territoire des singes, obligés de descendre chercher leur nourriture dans les plantations d’arbres fruitiers des environs. Les fermiers obtiennent alors le droit de chasser et de tuer les macaques. Sur le plateau de Shiga, au dessus de l’actuel parc Jigokudani Yaen-Koen, la première remontée mécanique est inaugurée en 1952.

Dix ans plus tard une solution est envisagée, celle de nourrir les singes pour pouvoir les observer. L’idée est de Sogo Hara, un employé de la Compagnie des chemins de fer de Nagano, randonneur sur son temps libre ayant eu un coup de cœur pour les singes, qui cherche le moyen de réconcilier ces derniers et les humains après avoir observé le comportement d’une troupe dans la montagne. Aidé par la communauté locale et sa société, il se lance en 1962.

La première photo de singe dans un onsen

Rapidement, les singes commencent à venir se nourrir, dans une première zone vers Korakukan. Ce qui se fait en accord avec les propriétaires terriens et des organisations locales. Sogo Hara observe alors que les plus jeunes macaques sont curieux des onsens extérieurs de Korakukan, y plongent leurs mains avant de s’y immerger intégralement. Une première photo de macaque dans un onsen est alors prise par Tomio Yamada, un employé de la police départementale. Le parc ouvre officiellement deux ans plus tard, en 1964.

La toute première photo de singes dans un onsen, par Tomio Yamada. Crédit photo : Jigokudani Yaen-Koen

En 1970, le parc est relogé à son emplacement actuel, le long de la rivière Yokoyugawa, au cœur du Jigokudani Yaen-Koen. Une année charnière, pour le parc de Sogo Hara, car un singe fait la couverture du magazine Life. Ce qui fait découvrir plus seulement aux Japonais mais au monde entier « les macaques qui se baignent dans les onsens ».

Par la suite, l’association de recherche sur les singes sauvages de Joshinetsu fut créée, à l’occasion du 10e anniversaire de la création du parc. Chercheurs et scientifiques commencent alors à venir observer les singes, améliorant les connaissances sur les primates. Avec un nombre croissant d’individus, le parc doit alors commencer à transférer des macaques vers des zoos pour limiter la population gravitant autour du parc et éviter que certains singes ne quittent les lieux pour s’intéresser aux plantations d’arbres fruitiers.

L’âge d’or du parc dans les années 1990

L’année 1991 est celle d’un pic de visites, avec 206 000 curieux. Puis une médiatisation internationale arrive avec les jeux olympiques d’hiver de Nagano en 1998, à 40 minutes de trains du parc. Une nouvelle visibilité pour les « Snow monkeys », désormais mondialement reconnus. Puis en 2006, une nouvelle photographie fait le tour du monde. Celle de l’employé du parc Toshio Hagiwara, qui remporta le grand prix de photographie de nature Winland Smith Rice avec le portrait d’une mère et de son petit sous la neige. En 2014, plus de 150000 visiteurs sont enregistrés au parc dont près de 30% d’étrangers.

Jigokudani Yaen-Koen

La meilleure saison pour observer les macaques de Jigokudani Yaen-Koen est définitivement l’hiver, quand les singes viennent se réchauffer dans les onsens. Au printemps, plus de petits peuvent être observés même s’ils passent généralement plus de temps dans la montagne. En été et surtout en automne, il sont bien trop occupés à respectivement s’abriter de la chaleur puis faire des réserves… bien que les employés essaient d’attirer les gourmands dans la vallée avec des pommes.

Jigokudani

Jigokudani Yaen-Koen

 

Comment s’y rendre ?


Pour se rendre au Snow monkey park depuis Tokyo, il faut rallier Nagano (en Shinkansen en une heure trente ou bien en train local, en bus ou même en avion). Depuis la gare de Nagano, la Dentetsu-Nagano Line dessert Yudanaka station, la gare la plus proche du parc. Le parc est ensuite accessible en bus, ou à pied en une heure trente. Il est aussi possible de rallier l’entrée du parc en bus directement depuis Nagano.

Dans tous les cas, depuis l’arrêt de bus du parc, il faut encore compter trente minutes de marche sur un chemin de forêt pour accéder à la « vraie » entrée du parc (entrée 800 yen). Attention : en hiver, le chemin pouvant être glissant, il est recommandé de louer des crampons avant l’ascension, au niveau des boutiques de souvenirs.

Pour en voir plus :

La plupart des sources évoquant le Snow monkey park sont en anglais, dont le site officiel. Youtube regorge de vidéos montrant les singes dans le onsen.

Plusieurs bloggeurs français ont publié des articles relatant leur visite du parc, dont Un Gaijin au Japon et Jordy Meow.

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