[Heisei#76] Dans les enfers et les onsen de Beppu

Beppu

S’il y a un nom qui rime invariablement avec onsen, c’est bien celui de Beppu, la ville côtière de la préfecture d’Oita, à l’est du Kyushu, qui possède le plus fort débit d’eau thermale de l’archipel japonais ! Une grande cité étonnamment vaste et, en conséquence, pas si facile que cela à appréhender, car aux onsen où l’on se baigne se rajoutent ceux que l’on regarde et ceux où l’on cuisine ! Tout un ensemble d’attractions liées à la géothermie, sans même mentionner les fumerolles omniprésentes, qui font de l’iconique Beppu l’un des 100 paysages de l’ère Heisei.

Comme un onsen blanc chargé en sulfure, Beppu est un peu opaque. Mais il ne faut pas hésiter, ni à rentrer dans le bain chaud, ni à visiter la cité thermale de la préfecture d’Oita. Car si Osaka reste dans le cœur des Japonais la capitale nationale de la cuisine, Beppu est indéniablement celle des onsen. Une place de choix dans ce pays où la culture du bain est si importante.

Mais les informations pour les visiteurs ne sont pas légion, surtout en anglais. Et dans le même temps, Beppu est vaste, avec ses sept enfers – qui sont des sources chaudes où l’on ne se baigne pas mais qui valent le détour pour le spectacle – et ses huit zones de vrais onsen où l’on se trempe. Une géographie tout en nuance, rarement détaillée, et qui mène à de nombreuses confusions entre les enfers et les onsen – souvent confondus en ligne ou dans les guides.

Voici ce qu’il faut retenir, pour bien comprendre Beppu avant de la visiter :

  • La ville est étonnamment grande, entre la mer intérieure de Seto et le mont Tsurumi, et ne se visite pas à pied dans son ensemble. Un réseau de bus est présent (mais son plan nous a laissé encore plus pantois que celui du périphérique de Tokyo) et le mieux reste d’avoir une voiture de location.
  • Les enfers de Beppu, les jigoku, sont des attractions touristiques composées de plusieurs sources chaudes plus ou moins spectaculaires et qui se visitent en payant mais où il n’est pas possible de se baigner. Selon les guides, les chiffres de 7 ou 8 enfers sont cités – ce qui participe à la confusion de Beppu. Huit sont en fait officiels, mais seuls sept sont inclus dans le billet groupé à 2000 yen pour en faire le tour, le dernier étant le Yama Jigoku, mi-enfer et mi-zoo, à la popularité déclinante… Parmi les enfers, cinq (+ le Yama Jigoku) sont très proches les uns des autres, les deux derniers étant un peu plus éloignés.
  • Beppu possède huit zones principales de onsen où l’on se baigne, collectivement regroupées sous l’appellation Beppu Hatto et dont chacune correspond à un type d’eau. Mais chaque zone possède de nombreux établissements de bains, des plus populaires aux plus luxueux. En tout, Beppu compte 2800 onsen, au sens d’établissements où se baigner.
  • Il faut rajouter à cela les bains de sable, également appréciés à Kagoshima, dans le sud du Kyushu, et la cuisine « à la vapeur des enfers » pour une liste encore plus grande des choses à faire à Beppu.
  • L’un des huit secteurs de onsen, le plus central et l’un des plus célèbres car accessible à pied depuis la gare de Beppu est simplement nommé « Beppu Onsen ». C’est celui où se situent de nombreux hôtels – y compris le ryokan où nous étions. S’y trouve aussi le Takegawara, un établissement de bains de 1879 ans qui a l’une des plus belles façades de la ville. Et, de façon intéressante, le secteur est aussi le quartier rouge de la ville, avec littéralement des centaines de snack bars et une poignée de soapland qui entourent l’établissement historique.
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Les bains Takegawara.
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Vaste Beppu et ses fumerolles.
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Les sept enfers de Beppu

Attraction touristique historique et vue emblématique de la ville (car souvent utilisée pour la communication touristique), les enfers sont une visite étonnante, dans un bric-à-brac de sources chaudes, de musées, de crocodiles, de tuyaux qui fument et d’exposition inattendues. À Shiraike Jigoku, un petit musée de calligraphie se trouve à l’étage, au dessus des bassins de poissons tropicaux…

L’histoire des enfers permet une plongée dans le développement touristique du pays, dès l’entre deux-guerre. Car la ville des onsen est aussi celle, et elle s’en vante, des « premières excursions guidées en bus avec une animatrice ». Des tours organisés et commentés, dont raffolent encore les Japonais dans tout l’archipel, et qui ont commencés entre la gare de Beppu et les sept enfers – certains tout juste aménagés – en 1927…

Le plus célèbre est Umi Jigoku, avec ses eaux cobalt au milieu d’un grand ensemble où se croisent les nénuphars géants et une très belle serre chauffée à la chaleur des onsen. Chinoike Jigoku est le plus historique, puisque son bassin d’eau rouge à 78°C s’était formé naturellement à l’origine et a précédé le développement touristique. De nombreux produits de beauté en sont tirés.

Nous sommes aussi passés par le Oniyama Jigoku, celui où sont élevés les crocodiles… Bien trop nombreux et entassés, pour ce que nous en avons vu. Pas le plus beau spectacle offert par Beppu, donc.

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Bassin cobalt pour le Umi Jigoku.

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Dans la serre chauffée à la chaleur des onsen.
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Du côté du Chinoike Jigoku.

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Les eaux du Shiraike Jigoku.

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La zone des enfers est aussi celle de la cuisine à la vapeur. Une tradition de Beppu qui peut s’expérimenter quotidiennement au Jigokumushi Kobo Steam Cooking Center. Après avoir acheté un ticket et attendu son tour (parfois 1h30 d’attente), chacun récupère ses ingrédients avec pour mission d’aller les plonger dans la vapeur. Un procédé qui préserve les saveurs et les nutriments, en utilisant la chaleur naturelle.

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Dans la cuisine des enfers.
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Dans les bains de Beppu Hatto

Mais le cœur de Beppu reste ses onsen, ceux où l’on se baigne ! Nous avons essayé plusieurs bains dans différents secteurs, et aimerions bien revenir pour en essayer d’avantage… Pour le moment, notre eau préférée reste celle de Myoban Onsen, le plus reculé dans la montagne au dessus de Beppu. Nous l’avions essayé au labyrinthique Hoyo Land il y a deux ans, et l’avons cette fois apprécié dans un petit établissement de connaisseurs, qui ne possèdent que trois bains réservés à l’usage privé, le Oku Myoban Sanso.

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Tout en haut de Myoban Osen, le Oku Myoban Sanso.
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Puis à l’intérieur du même.

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Toujours dans le secteur de Myoban Onsen, les huttes servant à la production de Yunohana – un sel de bain au sulfure.
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Petit onsen de quartier à 100 yen en plein centre ville, l’un des 2800 de Beppu !
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La pièce des bains de vapeurs de Mushiyu (extérieur en photo juste au-dessus), qui remonte au XIIIe siècle.

Parmi les bains de Beppu, se croisent aussi ceux à la vapeur (voir photo ci-dessus, dans le secteur de Kannawa Onsen, l’établissement Mushiyu dont l’histoire remonte à 1276) et ceux au sable, que nous avons franchement appréciés.

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Entre deux sessions de bains, préparation du sable.
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Bain de sable relaxant au Beppu Beach Sand Bath.

Ceux-là peuvent s’expérimenter à plusieurs endroits, comme au Takegawara, l’établissement à la belle façade. Mais le plus réputé reste le bien nommé Beppu Beach Sand Bath, directement au bord de la mer intérieure sur la plage de Shoningahama. Le bain de sable chaud, qui se prend en gardant un yukata, dure de 10 à 15 minutes et permet de s’endormir se détendre très facilement, en rêvassant vers l’horizon… Se rincer ensuite à la douche, avant d’essayer le onsen de l’établissement, plutôt du genre brûlant !

En conclusion, ne pas s’arrêter à l’architecture inattendue et au plan complexe de Beppu : c’est bien par les bains que la cité thermale se visite et s’apprécie ! Et dans notre cas, nous avons aussi aimé nous promener dans le chaos architectural de la ville, populaire, contrasté et créatif, au charme doucement passé.

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Comment s’y rendre ?

Depuis Tokyo, Beppu est accessible en train en un long voyage de six heures, pour environ 25000 yen – de Tokyo à Kokura en shinkansen, puis de Kokura à Beppu avec le Sonic Limited Express. Le voyage peut aussi se faire en avion, avec les réguliers JAL et ANA, ou avec les compagnies low-cost Jetstar Japan et Solaseed – ce qui peut descendre le prix du voyage à 5000 yen aller simple.

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